Interview - La Bibliothèque Idéale / Johann Gasnereau Louis vient de publier "L'Etoile à six branches", chez BSC Publishing. L'histoire d'une famille juive, Monsieur et Madame Wattenberg qui vivent à Paris avec leur fille Claudine, cinq ans, sous l'occupation, dont La Bibliothèque idéale a publié quelques extraits la semaine dernière. Dandy et excentrique, l'auteur se définit lui même comme "indiscipliné", autant romancier que scénariste et metteur en scène. Il a répondu à nos questions.
La Bibliothèque idéale : Johann Gasnereau Louis, qui êtes vous ?
Johann Gasnereau Louis : Je suis un raconteur d’histoires. C’est tout et je suis pluridisciplinaire.
BI : Ce n'est pas votre premier roman, puisque vous en aviez publié un sous pseudonyme. Pourquoi avoir choisi de révéler votre nom pour celui ci ?
J. G. L. : Je considère l'Etoile à six branches (BSC Publishing) comme mon premier roman. Ce n’est pas le premier en réalité, puisqu’en j’en ai écrit plein, qui sont dans une valise, dans un grenier d’une maison à la campagne. Mais celui-ci fait partie des premiers que j’ai écrit. J’avais 20 ans quand j’ai rédigé cette histoire, d’une traite sans squelette, rien, dans un cahier d’écolier. Et puis l’année dernière après avoir tout retapé, je l’ai envoyé à BSC Publishing. C’est mon premier roman très sérieux. Les autres étaient des romans policiers, des « whodunit » à la Agatha Christie. Je m'amusais, je m’exerçais à bâtir des intrigues.
BI : Votre histoire commence la veille d'une rafle, dans une famille juive pendant la Seconde guerre mondiale. Sauriez-vous dire ce qui vous rend sensible à cette période ?
J. G. L. : Ma mère, instructrice, aime l’histoire et a lu beaucoup de livres sur le sujet, je pense que tout est parti de là, puis ensuite à l’âge de 14 ans j’ai vu Nuit et Brouillard, et à cette occasion, nous avons rencontré des résistants et déportés. Ensuite j’ai lu des livres, des témoignages sur la Seconde Guerre mondiale. Puis j’ai rencontré une déportée. J’étais dans un lycée où la directrice, Marie Talet, quatre professeurs et l'économiste du lycée furent arrêtées et déportés en 1943 pour "esprit anti allemand du personnel se révélant dans l'enseignement". Elles étaient résistantes, cachaient des filles juives. Seules deux d’entre elles ont survécu. Les autres ont été gazées, empoisonnées. Une meure sur le retour. Cela m’a marqué puis fasciné. On parle de vrai héros là.
J’ai lu beaucoup sur la déportation et la résistance. Et il y a eu le livre de Charlotte Delbo, résistante déportée : « Aucun de nous ne reviendra ». Magnifique et poignant. Un choc. On est au pied du mur.
Ensuite les Beaux arts et j’ai commencé à travailler sur les Juifs pendant l’occupation. Un sujet que je n’ai pas lâché pendant deux ans. (Gravures, textes, sculptures, dessins, livres….) Les professeurs ne voulaient pas que je parle du sujet, trop dangereux, disaient-ils. J’ai tenu tête. Je n’ai pas obéi. J’ai eu les félicitations du jury – le seul de ma promotion) pour mon engagement. C’est ma fierté.
BI : Quels sont vos derniers coups de coeur, découvertes ou redécouvertes littéraires ?
J. G. L. : Je ne lis pas beaucoup les auteurs contemporains. Je prends souvent ce qu’il y a sous la main. Je dévorais les livres avant. Je n’ai plus le temps et puis on croule sous un choix si vaste. Alors je relis des choses. C’est ma voisine bibliothécaire qui m’oriente. C’est un vrai boulot. Parmi les classiques, je suis un admirateur de Marguerite Duras. Ce fut une révélation pour moi. Son écriture, ce sens du phrasé, les phrases courtes, rythmées, épurées.

BI : Quels sont vos rituels d'écriture ?
J. G. L. : Je n’ai pas de rituels. Je suis indiscipliné. Mon inspiration vient, soit en étant plongé dans l’eau d’une baignoire ou en marchant dans les rues de Paris. Je cogite, les personnages et les histoires mûrissent et ensuite je peux écrire très vite. Mais si rien n’est mûr, je ne dis rien, je n’écris rien.
Sinon, je ne fais pas de squelettes non plus, je jette des idées comme ça sur des bouts de papiers des carnets, je déteste bâtir une structure. J’ai le sentiment que je suis emprisonné ensuite, que tout va être faux. Je suis un anarchiste de l’écriture. Ecrire c’est avant tout dire des choses du ressenti. C’est puissant, incontrôlé parfois. Quand c’est là, vivant en soi, on est honnête. Bref je n’aime pas les règles. J’écris quand j’en ai envie. Cela dit je suis productif. Mon prochain roman « Lina ou une vie là-bas » est prêt.
BI : Enfin, puisque vous êtes aussi réalisateur de cinéma, quels sont les livres, récents ou anciens, que vous aimeriez adapter ?
J. G. L. : Je ne suis pas sûr que je voudrais adapter un livre, je me sentirais encore un fois pris dans un piège et je m’imposerai une fois de plus des règles que je n’aimerais sans doute pas comme celle d’éviter de trahir l’auteur du livre. Marguerite Duras détestait l’adaptation faite de « L’amant ». Et de ce fait elle s’est mise à ne plus aimer son propre livre comme si rien n’avait été compris. Elle a dit : c’est de la merde, je l’ai écrit quand j’avais bu. Elle était en colère pour dire ça de son propre travail. Et c’est pour ça qu’elle a écrit « L’amant de la Chine du Nord » Vous voyez c’est ça que je veux éviter, c’est une responsabilité. Bon j’avoue que j’aurais voulu adapter « Un barrage contre le pacifique ». Ça a été fait. Deux fois. Et la dernière est selon moi, absolument ratée malgré la présence de la sublime Isabelle Huppert.




